Mémoire de l’esclavage

Célébrations de l’abolition de l’esclavage

Célébrations de l’abolition de l’esclavage
Auteur
Jacqueline LEE FUNG KAI

Conservatrice territoriale en chef des bibliothèques


Pourquoi des dates de commémoration différentes en France et dans les départements d’outre-mer ?

La Réunion célèbre tous les 20 décembre l’abolition de l’esclavage. Cette date correspond à l’entrée en vigueur à La Réunion du décret d’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848, proclamé par le commissaire de la République Sarda Garriga le 20 octobre 1848. Le décret d’abolition devait en effet entrer en vigueur deux mois après l’arrivée des commissaires de la République dans les colonies afin de laisser aux administrations locales le temps de préparer le changement de statut de la population concernée.

La loi du 30 juin 1983 instaurant la commémoration de l’abolition de l’esclavage stipule que des dates de commémoration seront choisies par chaque département d’outre-mer et fixées par décret. Les jours de commémoration diffèrent sur ces territoires, selon les circonstances historiques qui leur sont propres ou la date d’arrivée des porteurs du décret sur les lieux.

La diversité des dates commémoratives dans les départements d’outre-mer a suscité l’idée d’une date unique de commémoration au plan national. En 2006, c’est la date du 10 mai qui a été choisie, en référence à la loi Taubira du 10 mai 2001 tendant à la reconnaissance de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité.

A cette date s’ajoute celle du 23 mai, jour de commémoration pour les Français d’outre-mer de l’Hexagone. Cette journée renvoie à la marche de mobilisation du 23 mai 1998 à l’origine de la loi Taubira mais évoque également la date de l’abolition de l’esclavage en Martinique.

Les différentes dates de commémoration

27 avril

Commémoration de la promulgation du décret du 27 avril 1848 relatif à l’abolition de l’esclavage dans les colonies et les possessions françaises, adopté par le gouvernement provisoire de la IIe République, sous l’impulsion de Victor Schoelcher.

27 avril

Commémoration de l’abolition de l’esclavage à Mayotte. Cette date renvoie non pas à la promulgation du décret d’abolition du 27 avril 1848, mais au 27 avril 1846, date de l’abolition de l’esclavage, à titre expérimental, à Mayotte par le baron Mackau, ministre de la Marine et des Colonies.

10 mai

Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, créée en 2006 par le Président Jacques Chirac en vue de la commémoration officielle de l’abolition de l’esclavage en France métropolitaine.
La date du 10 mai a été proposée par le Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage (CNMHE), en référence à l’adoption par le Parlement, le 10 mai 2001, de la loi « tendant à la reconnaissance la traite négrière transatlantique et l’esclavage », à l’initiative de la députée guyanaise Christiane Taubira. Cette loi vise à encourager le devoir de mémoire et prévoit que l’histoire de la traite négrière et de l’esclavage sera enseignée dans les cycles primaires et secondaires.
Le Mémorial ACTe, en Guadeloupe, a été inauguré le 10 mai 2015 par François Hollande.

22 mai

Commémoration de l’abolition de l’esclavage en Martinique. L’abolition fut appliquée le 23 mai 1848 par le gouverneur avant l’arrivée du décret officiel, à la suite d’un soulèvement des esclaves le 22 mai 1848. 75 000 esclaves furent libérés.

23 mai

Journée nationale de commémoration en hommage aux victimes de l’esclavage colonial, instaurée une première fois en 2008 par le Premier Ministre François Fillon puis radiée des commémorations et réinstaurée en octobre 2016 par la Loi égalité réelle outre-mer.
Cette date commémore la marche silencieuse organisée à Paris le 23 mai 1998 par le Comité de la marche du 23 mai 1998 (CM98), association de descendants d’esclaves, afin d’honorer les victimes de l’esclavage colonial.

27 mai

Commémoration de la promulgation de l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe. Le 27 mai 1848, le gouverneur de la Guadeloupe libéra 87 000 esclaves.

10 juin

Commémoration de la promulgation de l’abolition de l’esclavage le 10 juin 1848 en Guyane. L’abolition prit effet le 10 août 1848 pour 12 500 esclaves.

23 août

Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, mise en place par l’UNESCO en 1998. Cette date commémore l’insurrection des esclaves de Saint-Domingue, dans la nuit du 22 au 23 août 1791.
A La Réunion, cette date est célébrée par le Komité Eli sur le site de la Ravine à Jacques à la Grande Chaloupe.

5-8 novembre

Célébration à La Réunion de la révolte des esclaves de Saint-Leu du 5 au 8 novembre 1811. Cette insurrection préparée pendant plusieurs mois fut suivie par plus de 300 esclaves menés par l’espoir d’être libérés de l’esclavage avec le soutien des Anglais qui occupaient l’île. La révolte fut écrasée et les esclaves arrêtés furent jugés le 11 février 1812 à Saint-Denis.
Le Komité Eli organise chaque année depuis 1999 une commémoration à Saint-Leu.

2 décembre

Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage. Cette date commémore l’adoption par l’ONU, le 2 décembre 1949, d’une convention pour la répression et l’abolition de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui.

20 décembre

Commémoration de l’entrée en vigueur du décret d’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848 à La Réunion. Le 20 décembre est institué jour férié par le décret du 23 novembre 1983 (loi du 30 juin 1983).
Nommé commissaire général de la République en remplacement du gouverneur Graëb, Joseph Napoléon Sébastien Sarda Garriga promulgua le 18 octobre 1848 le décret d’abolition de l’esclavage, avec effet deux mois plus tard. La proclamation de la liberté fut lue le 20 octobre 1848 par Joseph Sarda Garriga devant la préfecture de Saint-Denis. C’est cette scène qui est représentée dans le tableau d’Alphonse Garreau, « L’Emancipation à la Réunion », conservé au Musée du Quai Branly à Paris. 62 000 esclaves furent libérés le 20 décembre 1848.

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Jacqueline LEE FUNG KAI

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